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05 Feb

Histoire moderne : Jean-Michel Minovez

Publié par Dominique Rech  - Catégories :  #Histoire moderne, #Histoire des Pyrénées

Jean-Michel Minovez a eu l'amabilité de rajouter dans sa réponse mail les éléments suivants :  

"Concernant ma présentation, outre mes travaux sur la proto-industrie, j’ai beaucoup étudié les mécanismes d’industrialisation et de désindustrialisation dans la longue durée ainsi que les territoires de l’industrie (comparativement au modèle des districts de la « troisième Italie »)".

Au siècle, le Pays d'Olmes est un territoire textile peu dynamique dépendant de donneurs d'ouvrages du département de l'Aude. Au début du XIXe siècle, les autres territoires textiles du Midi de la France, vieux de plusieurs siècles, disparaissent ou deviennent marginaux en quelques décennies. Parallèlement, le Pays d'Olmes se développe d'une manière invisible face aux territoires majeurs de la partie septentrionale de la France, produisant des tissus épais et unis ainsi que des nouveautés aux couleurs variées à la mode. Il adapte judicieusement l'offre, réforme très progressivement l'appareil de production et exploite au mieux les interrelations entre ses nombreuses petites entreprises. Au XXe siècle, le Pays d'Olmes l'emporte alors : il prend la tête de la production française dans le cardé et le tissage d'habillement de la laine.

La croissance économique de la France méridionale est mal connue et généralement sous-évaluée pour l'époque moderne. On considère souvent son développement industriel comme inférieur à celui du Nord. La difficile approche statistique, la méconnaissance de nombreux secteurs de production, l'ignorance même de la majorité des territoires de production, l'absence de connaissance fine des produits et de leurs marchés expliquent en grande partie ce regard négatif. En choisissant de s'appuyer sur le premier secteur industriel qu'est le textile, prenant pour exemple la branche lainière, cet ouvrage s'efforce de combler les lacunes ; il démontre que le Midi est une région à fort dynamisme industriel à l'époque moderne. La puissance du Midi se mesure à une croissance deux fois plus forte au XVIIIe siècle que dans les provinces du Nord et à une connexion aux marchés mondiaux. Les étoffes fines vivent leur âge d'or du fait de l'extraordinaire poussée de leur commerce, presque exclusivement international : Europe sous domination turque, Barbarie, Proche et Moyen-Orient et même Inde et Chine. De leur côté, les draperies connaissent une véritable explosion de la production ; destinées d'abord à satisfaire le marché intérieur en pleine croissance, une part significative gagne aussi les marchés de l'Espagne et des colonies américaines, ainsi que ceux de la péninsule italienne et de l'Europe germanique. Dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, l'industrie lainière du Midi stagne, malgré des tentatives de réorientations des fabrications et du commerce. Ce livre en mesure les effets et propose des interprétations nouvelles à ce déclin.

 

La vaisselle décorée produite dans le Midi toulousain, de la Renaissance à l'ère contemporaine, a égayé tables et vaisseliers en France et dans les colonies. Tirant profit de cet appel des marchés aux larges horizons d'une première mondialisation, des populations du sud-ouest de la France ont su constituer des aires de production spécialisées s'industrialisant parfois au XIXe siècle. A ce jour, aucune étude globale sur la longue durée n'avait été tentée sur le sujet ; cet ouvrage a l'ambition de combler ce vide. A partir de l'étude des grands centres céramiques du Midi toulousain qui ont forgé l'identité céramique régionale, il offre une vision d'ensemble de l'évolution de la production de vaisselle peinte et imprimée à travers une approche mêlant histoire, histoire de l'art et archéologie. Présentant des pièces emblématiques et des céramiques moins connues, l'ouvrage a la vertu d'associer un texte renouvelant l'approche historiographique à une riche illustration de plus de 250 photographies couleur. Il s'adresse ainsi tant aux chercheurs et étudiants qu'aux amateurs des métiers d'art.

 

Les industries n'ont pas été exclusivement localisées en ville et en banlieue, elles n'ont pas attendu la «Révolution industrielle» pour se développer et les usines n'en furent pas le seul espace de production : nombreux sont aujourd'hui les travaux qui permettent de le démontrer. L'industrie est née dans les campagnes européennes.
Mais (pie furent exactement les industries rurales au Moyen Age et à l'Époque moderne ? dominent les reconstituer, les définir pour mieux en étudier les spécificités ? Pour y parvenir, les études rassemblées dans ce volume analysent les structures d'intégration des activités industrielles : l'organisation spatiale de la production et les circuits de sa commercialisation, la pluriactivité des producteurs et, à l'interface des processus productifs et marchands, les fonctions multiples de l'entreprise inscrites dans les campagnes dès le Moyen Age.

La Garonne et le canal du Midi ont représenté des axes historiques majeurs de communication, formant un système de navigation inachevé autour de Toulouse. La capitale régionale absorbait l'essentiel du fret et contrôlait le commerce d'entrepôt des produits descendus des Pyrénées et de leur piémont. Son association au canal du Midi a laissé espérer une dynamisation du trafic grâce à la mise en relation de la Provence, du Languedoc et de l'Aquitaine. Mais les problèmes de navigabilité de la Garonne, les ruptures de charges dues à des barrages toulousains presque infranchissables, une connexion imparfaite avec le canal du Midi ont limité les effets attendus des voies d'eau pour Toulouse. Les aménagements réalisés pour y pallier restent incomplets et tardifs. La vie économique s'y endort progressivement à partir du milieu du i, siècle. La réappropriation des voies fluviales n'intervient qu'à la fin du, siècle dans une dimension ludique et touristique accompagnée d'un processus de patrimonialisation. Cet ouvrage, destiné à un large public comme à un lectorat spécialisé, surprendra par l'originalité de son texte et la richesse de son iconographie. Mêlant images d'archives et documents contemporains, cartes anciennes et plans actuels, il comporte une importante iconographie spécialement réalisée pour ce livre ; les photographies aériennes, prises sous des angles inattendus, participent à construire un regard différent sur les voies d'eau autour de Toulouse, valorisant la beauté d'un patrimoine unique.

 

La renommée des draps du nord de la France, d'Elbeuf, de Lille, de Reims ou de Sedan, leur domination et leur triomphe au xixe siècle, semblent avoir occulté et rendu invisible l'industrie du sud du pays. Et pourtant, le Midi fut l'une des grandes régions industrielles françaises. À partir du xviie siècle, en Languedoc, dans une partie de la Gascogne et des pays pyrénéens, la draperie joue un rôle économique majeur. La Révolution va bouleverser cette géographie industrielle, faisant disparaître ou marginalisant progressivement les plus petites manufactures au cours du xixe siècle. Parallèlement, d'autres territoires du textile émergent et se recomposent. Dans le Haut-Languedoc, dans le Tarn et l'Ariège, des transformateurs de laine se développent discrètement. S'adaptant sans cesse, réformant progressivement leur appareil de production, tissant des relations avec de nombreuses entreprises, ils prendront la tête de la production française dans le cardé et le tissage d'habillement de la laine au xxe siècle. En exploitant l'intégralité de la documentation, Jean-Michel Minovez rend enfin visibles ces industries longtemps ignorées et retrace des aventures manufacturières inédites. Un livre de référence, un exercice magistral d'histoire sur le temps long et une véritable découverte scientifique.

Du XVIe au XVIIIe siècle, le Midi toulousain est dominé par une population à majorité paysanne. La société urbaine est principalement représentée par de petits artisans, des marchands modestes et un faible nombre de notables, nobles ou roturiers. Résidant généralement dans les bourgs et les petites villes de la région, ils confisquent le pouvoir politique urbain et la majorité des moyens de production.
Le petit peuple est surtout constitué par une masse de paysans. Modestes propriétaires des fonds ingrats des pré-Pyrénées, brassiers et métayers des plaines ou du terrefort, ils sont maintenus dans la précarité sociale et biologique. Toujours menacés d'être chassés des terres qu'ils travaillent, ils sont mal nourris et plus du quart de leurs enfants meurt avant d'avoir atteint l'âge d'un an. Le contrôle des moyens de production par un petit nombre d'individus n'exclut pas une grande diversité de statuts et de conditions, en particulier dans les bourgs et les villes.
Cela n'empêche pas pour autant la spécialisation de certains d'entre eux. Telle ville est dominée par des marchands, des tanneurs et des ouvriers des chantiers navals, telle autre par des bateliers et des tisserands de belles étoffes, telle autre par des artisans du textile, de l'alimentation, du bois et du fer, telle autre encore par un évêque, des chanoines, des officiers et des avocats. Les bourgs paraissent encore plus spécialisés et souvent une activité l'emporte sur les autres.
Tel est le cas des fabricants de chaux, des verriers, des potiers, des charbonniers, des tonneliers ou des fabricants de petites étoffes.

Préface de René Souriac :

L’engouement pour l’histoire ne se dément pas en cette fin de XXe siècle. Qu’on se souvienne du tollé qu’avait soulevé vers 1980, le Ministre de l’Education de l’époque, René Haby, lorsque les rédacteurs des programmes d’enseignement lui avaient suggéré, non pas de supprimer l’enseignement de l’histoire et de la géographie mais de le rendre facultatif dans certaines sections scientifiques et technologiques. Depuis tout est rentré dans l’ordre voulu par les fondateurs de l’enseignement laïque en France sous la IIIe République, c’est-à-dire l’obligation pour tout jeune Français d’apprendre l’histoire et la géographie, et d’abord celle de son pays. Il n’est pas question de porter un jugement sur ce débat ; constatons que la société française ne peut pas vivre aujourd’hui hors de cet élément culturel qu’est la connaissance du passé.

Tout a été dit à ce sujet sur l’histoire comme quête de racines dans un monde de plus en plus éclaté ; sur le devoir de mémoire qu’elle seule peut assumer face aux horreurs des totalitarismes dont le XXe siècle a été suffisamment abreuvé. La liberté et la démocratie ont un prix : l’histoire peut servir à mieux le mesurer.

Il existe aussi un plaisir de l’histoire, du récit de la vie des hommes du temps passé, goût du voyage dans le temps comme dans l’espace, rêve de communion avec l’humanité tout entière. Les migraines « historiques » de Michelet — expression de Roland Barthes — ont conduit son esprit, dans la douleur, jusqu’au mythe de la « résurrection de la vie intégrale » du passé ; tout lecteur de livre d’histoire peut se complaire à ses retrouvailles avec « ce monde que nous avons perdu ». L’anecdotique a ses charmes mais n’est-ce pas en profondeur le signe de quelque chose de plus fondamental ? Ce qu’ont toujours recherché les hommes dans la connaissance du passé, qu’elle soit mythe, légende, épopée ou histoire, provient sans doute d’une interrogation lancinante, angoissée parfois, sur ce qu’est l’homme, sur ce que sont les sociétés ; en dernière instance ne pourrait-on pas dire que l’homme cherche à savoir s’il existe une possibilité de vivre en paix dans une humanité marquée de tous temps par la guerre, les violences et les atrocités ?

Mémoire, interrogation sur l’homme et son comportement en société, l’histoire a toujours été cela depuis qu’Hérodote au Ve siècle avant notre ère se proposait de conserver la mémoire de ce qui s’était passé pendant les guerres médiques, et d’expliquer les raisons de ce conflit des Grecs et des Barbares.

Mais, pensera-t-on, nous voici fort loin du livre de Jean-Michel Minovez ; je ne le crois pas, car l’historiographie d’aujourd’hui, c’est-à-dire l’histoire telle qu’elle s’écrit et qu’elle est publiée, intègre les considérations qui viennent d’être livrées. Jean-Michel Minovez fait d’abord oeuvre de mémoire. Il nous présente l’image d’une société beaucoup plus diverse qu’on aurait pu l’imaginer. Certes les humbles —  »les gens de peu » comme il l’écrit à la suite des rédacteurs des textes qu’il a utilisés — qui sont la majorité, ne tiennent pas en volume la part la plus importante de son ouvrage. On a l’habitude de dire que c’est parce qu’ils écrivent peu : ceci est vrai mais n’empêche pas qu’on puisse connaître leur sort dans les sociétés anciennes. La raison principale tient au fait que si on veut rendre compte d’une société, on est obligé de s’interroger sur les pouvoirs qui l’animent et qui la contrôlent : les élites prennent à ce moment-là une place qui n’a pas de rapport à leur nombre, mais qui est conforme à l’exercice réel de leurs ambitions. Une vision globale de la société vise l’essentiel, c’est-à-dire ce qui est explicatif, par conséquent les principes et les mécanismes qui assurent les équilibres économiques, sociaux, politiques et culturels.

La place des humbles est pourtant remarquable dans cet ouvrage : on imaginerait facilement, à la lumière de ce que nous voyons aujourd’hui, un petit peuple de paysans peinant durement pour s’assurer une vie médiocre. Il est vrai qu’ils sont nombreux et plus ou moins bien lotis par la fortune. Mais on découvre aussi sous la plume de Jean-Michel Minovez, parce que ce sont les documents d’époque qui le lui ont enseigné, une région industrielle prospère au XVIIIe siècle avec un groupe d’artisans particulièrement volumineux. Le diocèse de Rieux est le coeur d’une grande manufacture textile dont certaines productions s’écoulent jusque dans le lointain « Levant », égyptien, syrien et turc.

Quant aux élites, les voici bien campées sur leurs possessions terriennes, concurrencées parfois de l’extérieur — quelques toulousains — mais privant la paysannerie de cet accès à la propriété qui est pourtant son ambition première : très peu de gros laboureurs, beaucoup de micro-propriétaires et de paysans sans terre. C’est le coeur du dispositif de la domination sociale et culturelle, le principe autour duquel tout s’organise dans cette société ou nobles et bourgeois, notaires et médecins, magistrats et autres serviteurs de l’Etat impriment leur marque, depuis l’orientation céréalière de l’agriculture jusqu’au souci de paraître, en passant par la maîtrise des institutions responsables des administrations locales.

Le livre de Jean-Michel Minovez fait donc oeuvre de mémoire : beaucoup de lecteurs découvriront ainsi une petite province faite d’ombres et de lumières, mais qui à la même époque supporte la comparaison avec beaucoup d’autres. Cependant l’auteur ne se contente pas de révéler les formes que prenait autrefois la vie quotidienne. Il fait aussi oeuvre de sociologie historique dans la mesure où il pose les fondements interprétatifs de l’échec industriel au XIXe siècle, ouvrant ainsi des perspectives qu’il traite dans un autre de ses ouvrages1.

En effet, la culture des élites, centrées sur les plaisirs de la rente foncière et le prestige de la propriété, n’a pas favorisé les évolutions au moment où, en Europe occidentale, le capitalisme industriel crée un autre système social, fondé sur d’autres valeurs, celles de la finance, de l’argent, du profit...

Jean-Michel Minovez a appliqué dans son travail les consignes de rigueur qui sont celles que les historiens d’aujourd’hui s’efforcent de défendre. Il offre à ses lecteurs un aperçu des sources qui lui ont permis d’établir ses démonstrations. Rien n’est avancé sans preuve. Les limites mais aussi les richesses d’une documentation variée et éclatée dans différents fonds d’archives sont soulignées. Travail de haute qualité scientifique, il témoigne aussi de l’intérêt que son auteur manifeste vis-à-vis de son pays d’origine. L’histoire doit être pour celui qui cherche à l’écrire, adhésion profonde à son sujet, aux hommes dont il débroussaille ainsi les manières d’être. Jean-Michel Minovez est de ces historiens enthousiastes qui n’en demeurent pas moins lucides et humbles devant leur projet.

René Souriac
Professeur à l’Université de Toulouse-Le Mirail

 

Les révolutions industrielles ont-elles existé ?

Intervenants :

-Catherine VERNA, professeur d’histoire médiévale, Université Paris VIII.

– Catherine LANOE, Maitre de conférence en histoire moderne à l’Université d’Orléans.

-Jacques SEIGNE, archéologue et directeur de recherche au CNRS

-Jean Michel MINOVEZ, professeur d’histoire moderne à l’Université Toulouse Jean Jaurès

L’objectif de cette table ronde était de s’interroger ou d’interroger le concept de « révolution industrielle ».

Il est  depuis une génération  remis en cause par des historiens qui mettent en valeur la longue durée du changement technique, la coexistence des générations techniques et la pluralité des expériences innovatrices.

Ce concept a été historicisé :

-Il apparaît vers 1830 avec l’économiste JB Say (1767-1832), l’idée est partagée par les libéraux anglais. Il s’agit donc d’un argument  de la politique libérale.

-A la fin du XIXe siècle, il devient un outil d’analyse historique qui permet de comprendre les changements. Arnold Toynbee historien anglais transforme cette idée en concept historique.

Il est donc avant tout politique et a été mise en place au XIX siècle.

Comment revoit-on ce processus de changement technique et industriel ?

Aujourd’hui, les historiens réinterrogent ce concept et parlent d’une croissance de la consommation qui se serait déroulée dès la fin du XVIe siècle donc en amont de la révolution industrielle telle qu’on l’avait identifiée.

En effet, dans plusieurs structures de production, on note une intensification de la production destinée à répondre à ces besoins nouveaux de consommation. Le concept artisanal qui avait été malmené par l’historiographie de la révolution industrielle est requestionné. Il serait finalement pionnier puisque c’est lui qui aurait répondu à cette croissance de la consommation. Dans la France moderne (XVIIe -XVIIIe) il y a donc eu une intensification du travail et de la production mais cela concerne avant tout le domaine de l’artisanat.

Pourquoi parle-t-on de révolution industrielle aux XVIIIe et XIXe siècle ?

Jusqu’à présent, les historiens ont parlé de révolution industrielle en se basant sur les   changements techniques et la  production.

Il y a bien eu une normalisation des produits avec parallèlement une extension du nombre de producteurs d’où, à partir de 1750, une nouvelle organisation du travail : les entrepreneurs structurent les espaces de production, on trouve donc des aires de spécialisation productives qui entraînent une division du travail qui elle génère des économies internes.

La structuration des entreprises et les flux de production permettent de définir des espaces de la production qui deviendront des territoires de la révolution industrielle

Aujourd’hui, les historiens observent la coexistence d’une pluralité des modes de production alors qu’avant, pour parler de révolution industrielle, leurs observations se basaient uniquement sur un seul mode de production, dans un cadre urbain.

Ils notent une intensification du travail dans tous les domaines avec une importance particulière prise par  la sous-traitance effectuée par des artisans. Il y a donc une division du travail qui est déjà mise en place avec un allongement des circuits de production.

Parallèlement, une partie de la population rurale est exclue de la propriété foncière, ce qui libère une main-d’œuvre qui favorise le  développement de l’industrie rurale.

On utilise tous les modes de production, il y a un opportunisme en fonction de l’offre de travail.

Par exemple, aux XVe et XVIe siècles, l’industrie drapière des villes se délocalise  progressivement vers les campagnes car on y trouve une main-d’œuvre plus souple, moins organisée et moins revendicative que les corporations de métier des villes.

Dans le travail artisanal on assiste a une intensification de la production qui est liée à :

  • Une mécanisation avec la mise au point de machines
  • L’innovation
  • Le séquençage de la production et parallèlement l’aménagement des espaces de production
  • Une compréhension du travail par les artisans
  • La mise en place de réseaux avec allongement du processus de production ou raccourcissement selon les cas.

Cela aurait donc pu être rapporté au milieu industriel mais en fait c’est  d’artisanat dont il s’agit.

Conclusion : l’artisanat peut-être considéré comme étant à l’origine de l’industrialisation. Nous avons une pluralité des modes de production avec la coexistence de différentes générations techniques ce qui amène à une déconstruction de l’outil de révolution industrielle.

Peut-on maintenant parler de révolution industrielle pour d’autres périodes ?

En histoire médiévale

Au Moyen Âge, nous rencontrons aussi de l’innovation technique, une production industrielle et artisanale. Mais au Moyen Âge on ne peut pas parler d’industrialisation car il faudrait que l’ensemble de la société soit concerné par le phénomène ce qui n’est pas le cas.

Les entrepreneurs tiennent une place importante, ce sont des agents actifs dans la mise en place de l’industrialisation, cela correspond à l’image du grand marchand des villes qui développe l’industrie et donc à l’image des villes qui dominent les campagnes. Ces  marchands existent bien mais ils ne sont pas les seuls, parallèlement nous trouvons  aussi des entrepreneurs ruraux. Dans certaines régions les villes ne dominent pas les campagnes

Cette émergence des entrepreneurs est liée au phénomène de prolétarisation que connaissent  certaines campagnes, causé par des problèmes d’endettement.

L’Antiquité

Dans l’Antiquité nous trouvons déjà une consommation de masse en particulier si nous  regardons les exportations de vin dans les amphores, de même pour la fabrication des clous. Nous avons déjà  une spécialisation des artisans en quartiers notamment au Yémen : certains ne fabriquaient que des clous ce qui correspond  bien déjà à une forme d’industrialisation artisanale.

En ce qui concerne la mécanisation, on peut se demander à partir de quand parle-t-on de machine? Faut-il  qu’il y ait une transformation du mouvement? La bielle manivelle est déjà connue sous l’Antiquité, en Jordanie par exemple, mais ces machines ont mal fonctionné car il n’y avait pas d’embrayage. Il y a bien eu invention mais une invention qui n’a pas de suite immédiate ce qui nous permet de dire que les progrès scientifiques ne sont pas linéaires.

Nous parlerons donc plutôt de révolution énergétique pendant l’Antiquité. On est parti d’une énergie musculaire pour arriver à l’énergie éolienne et hydraulique. Les idées sont là mais la mise en pratique prend plus de temps.

CONCLUSION

Au Moyen Âge : d’après  la définition de J.Schumpeter  (1883-1950), on peut s’appuyer sur deux éléments pour parler d’industrialisation puisque nous avons bien, à la fois, de nouveaux produits comme la fonte mais aussi de nouvelles façons de produire avec des innovations techniques dans les ateliers. On peut parler d’innovation rupture, mais qui au Moyen-Âge reste le fait de domaines bien particuliers. Elles entraînent cependant de la transformation par exemple pour la production de la laine.

Au XVIIIe et XIXe siècles : nous trouvons  à la fois de l’industrialisation et de l’innovation. Le XVIIIe siècle se place dans la continuité de la période médiévale. Par exemple dans l’industrie drapière, au Moyen-Âge on fabriquait des draps peignés, à la fin de la période grâce à l’innovation on passe à la fabrication de draps cardés. Ces deux modes de production coexistent.

Le processus de développement industriel repose donc sur un processus multi scalaire des marchés avec une dimension internationale puisque il y a par exemple exportation les draps du Languedoc. L’appel des marchés est tel qu’à un  moment il n’est plus possible de répondre à la demande donc on cherche des solutions et on innove. On invente par exemple la machine pour filer directement et des techniques pour améliorer la production des draps.

Un compte-rendu de sa thèse, dont l'édition Publisud est épuisée, se trouve sur : https://www.persee.fr/doc/ahrf_0003-4436_1999_num_316_1_2252_t1_0393_0000_2

 

CIRCULATION DES MARCHANDISES ET RESEAUX COMMERCIAUX DANS LES PYRENEES, XIIIe-XIXe siècle
Colloque organisé par l’UMR du CNRS Fra.M.Espa de l’Université de Toulouse II-Le Mirail
En collaboration avec
Le laboratoire Elites du Sud-Université de Pau et des Pays de l’Adour
et l’ « Area de Recerca Historica del Govern d’Andorra »

1-4 octobre 2003

Responsables scientifiques : Jean-Michel Minovez (Université de Toulouse II) et Patrice Poujade (Université de Toulouse II)

Comité scientifique :
Francis Brumont (Université de Toulouse II), Jean-Pierre Barraqué (Université de Pau et des Pays de l’Adour), Benoît Cursente (CNRS-Université de Toulouse II), Christian Desplat (Université de Pau et des Pays de l’Adour), José Ignacio Gómez Zorraquino (Université de Saragosse), Gilbert Larguier (Université de Perpignan), Jean-Michel Minovez (Université de Toulouse II), Patrice Poujade (Université de Toulouse II), Antoni Riera (Université de Barcelone), Flocel Sabaté (Université de Lérida), Estebán Sarasa Sánchez (Université de Saragosse), Eva Serra i Puig (Université de Barcelone), Ana Zabalza Seguin (Université de Navarre)

Présentation du thème :
Obstacle en apparence à la circulation des hommes et des marchandises, les Pyrénées n’ont pas été pour autant infranchissables comme en témoigne la vigueur des échanges sur chacun des deux versants et entre le nord et le sud de la chaîne. Toujours à la recherche de ressources complémentaires à l’activité agro-pastorale dominante ou pratiquant la pluriactivité, les populations pyrénéennes commercent chaque fois que les besoins s’en font sentir : en été comme en hiver, en temps de paix comme durant les guerres, légalement ou pratiquant la contrebande, même si nous ne devons pas ignorer les ralentissements provoqués par les variations climatiques ou les aléas de la conjoncture politique. Nombreux, portant sur des produits variés, les échanges ont durablement marqué les relations humaines de part et d’autre de la frontière. Les sources, très prolixes qualitativement, font largement état d’échanges sur chacun des versants du fait de la nécessité d’approvisionner les hautes vallées en produits alimentaires et de la fourniture au piémont de produits de l’économie montagnarde. Elles permettent de mettre aussi en évidence un commerce intra et inter pyrénéen de produits de première nécessité entre les habitants des deux versants et d’un négoce transpyrénéen intéressant des marchés plus larges où la montagne et ses hommes ne participent qu’au transit des produits.
Toutefois, si une première approche des sources permet d’entrevoir globalement la nature du trafic, elle pose aussi un certain nombre de questions quant à sa nature précise et à l’influence réelle et réciproque des marchés de part et d’autre des Pyrénées, tant il est vrai, au moins avant le XIXe siècle, qu’il apparaît très difficile de faire la part des choses entre le commerce de transit et les relations entre les deux versants portant surtout sur les productions locales : produits agricoles, matières premières, fabrications issues de l’artisanat et des petites industries qui pullulent dans les Pyrénées et surtout dans leur piémont. Force est de constater, ensuite, que si les sources jusqu’alors explorées ont permis de mettre en évidence cette circulation et de connaître assez bien la nature des flux de ce commerce, elles ont presque toujours abouti à des résultats essentiellement qualitatifs, l’approche des volumes restant encore à mettre en évidence.
S’il paraît toujours souhaitable de poursuivre l’étude des sources qualitatives pour approfondir notre compréhension globale des phénomènes — sans se priver de tous les niveaux d’échelles et sachant jouer autant qu’il est nécessaire sur chacun d’eux — il apparaît cependant indispensable de développer et même de privilégier une démarche inductive en partant du “ras du sol”. Sans négliger les multiples possibilités d’entrer dans le sujet, il semble qu’une des possibilités d’y pénétrer peut être représentée par l’étude prosopographique des acteurs du commerce pyrénéen. Par l’étude d’archives connues et répertoriées (documentation notariale, archives judiciaires, état civil…) auxquelles doivent venir se joindre un recours plus important à l’exploitation des fonds privés, toujours plus nombreux à la disposition des chercheurs (on pense notamment à la richesse potentielle des fonds privées — déposés ou non — des maisons). On pense en particulier aux fonds des cases d’Andorre ou du Val d’Aran — qui, lorsqu’elles sont insérées dans le négoce, tiennent une place clef dans le commerce de transit car occupant une place d’intermédiaire du fait de leurs privilèges fiscaux — permettant d’étudier par leurs papiers et notamment les livres de comptes, à la fois la nature et les volumes du commerce ainsi que les liens entre acheteurs, vendeurs et toutes sortes d’intermédiaires permettant de mettre en évidence des réseaux commerciaux à différentes échelles. De ces considérations découlent quelques questions qui restent aujourd’hui toujours en suspens et méritent d’être posées : quelles sont les grandes routes selon les produits (spécialisation des passages) ? Quelle est la place des marchands, leur rôle, leur importance numérique, leur hiérarchie ? Comment sont-ils organisés ? Comment les réseaux de marchands sont-ils constitués et contrôlés ? Quelles sont les alliances des marchands entre eux et avec les autres catégories, de part et d’autre de la frontière ? etc.
On ne négligera pas dans cette approche de replacer le tout dans le temps long au cours duquel le concept de frontière se construit, modifiant la nature des relations économiques (fermeture de la frontière, hausse des droits) et sociales (remise en cause des solidarités anciennes). La volonté des états de mieux contrôler leur territoire, la représentation qu’ils ont de l’espace politique et les aménagements qui en découlent, conduisent à la restriction du commerce traditionnel ; se développe alors ce commerce interlope qu’est la contrebande. Quoique son étude, par définition, soit rendue difficile, elle ne doit pas pour étant être oubliée parce qu’elle participe des échanges commerciaux mais aussi pour ce qu’elle nous apprend sur les relations transfrontalières. Ce recul des relations doit être replacé dans le contexte de ce qui avait pu auparavant les favoriser. Aussi, il nous semble essentiel de poursuivre la réflexion sur les traités de lies et passeries. Si les recherches menées à ce jour sur ce thème ont permis de bien connaître leur contenu et de mettre en évidence l’importance qu’ils jouent dans le cadre du commerce, il semble qu’un important chantier reste ouvert quant aux approches juridiques et anthropologiques. Dépassant le cadre purement historique, il s’agirait d’envisager de remettre les traités de lies et passeries dans le contexte des “contrats”, en poursuivant l’étude de la notion de pacte à l’époque moderne ; dépassant l’étude économique cela permettrait de glisser vers des approches plus sociales et culturelles en réfléchissant notamment sur leur “vocation” de réducteur des violences montagnardes.
Cette rencontre se veut donc résolument méthodologique et pluridisciplinaire. Suscitée par des chercheurs venus des deux cotés des Pyrénées elle se fixe comme objectif de tester toutes les nouvelles approches du sujet sous l’angle de l’histoire économique, sociale, culturelle, anthropologique et juridique.

https://calenda.org/188252?lang=pt

 

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