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29 Mar

Robert Badinter

Publié par Dominique Rech  - Catégories :  #Philosophies, #EMC, #Humanisme

Robert Badinter : l’icône imparfaite

Robert Badinter est aujourd’hui la dernière icône de gauche inscrite dans la lignée de Jaurès et de Blum. Avec humour, il nous a confié que, si un jour il écrivait son autobiographie, il la titrerait : L’Imparfait. « Oui, c’est un joli titre, très exact. Imparfait, je l’ai été, en tout et sur tout. À une exception près, peut-être : j’ai été un (assez) bon fils. Ma mère, avant de mourir, a tenu à me le dire… » Alors que nous l’interrogions sur ses souvenirs, Badinter nous avait mis en garde : « Il faut se méfier de la mémoire. Chacun, de bonne foi, reconstruit sa vie avec le temps. Il y a une sorte de fragilité, de sélection de la mémoire. On auréole, on noircit, mais c’est rarement la réalité des faits. »

De nombreux éditeurs l’ont pressé de rédiger ses mémoires. Il a toujours refusé car l’exercice ne lui convient pas, en raison d’abord de cette extrême réticence à parler de choses intimes. Chacun soulignerait les omissions, les explications trop lacunaires. Pourtant, Robert Badinter a écrit, et beaucoup. Le choix des sujets, l’abolition de la peine de mort, la prison, l’expérience ministérielle, l’antisémitisme du barreau, et en dernier lieu le portrait de sa grandmère, traduisent à la fois ses tropismes et ses obsessions. Le monde de Robert Badinter est encombré de causes perdues et de combats gagnés. À défaut de se raconter, il ne déteste pas qu’on s’intéresse à lui. Il a donc accepté de nous recevoir régulièrement. Répondait-il pour autant aux questions ? À sa façon. Mais, respectant notre entêtement, il s’est prêté au jeu, laissant apparaître cet « imparfait ».

L’homme de l’abolition est aussi haï mais encore brocardé en raison d’une existence de grand bourgeois, peint en donneur de leçons, comme un faux modeste ayant une haute opinion de lui-même. L’Express a un jour listé ses « faiblesses » : « Colérique, capricieux, radin, follement exigeant dans le travail. » Badinter, c’est vrai, donne l’image d’un janséniste au caractère mal accommodant, maîtrisant chacune de ses paroles, « peu enclin, confesse-t-il, à venir aux manifestations collectives ». Ainsi est-il absent des cérémonies au cimetière de Jarnac sur la tombe de François Mitterrand. Son ex-associé et ami Jean-Denis Bredin affirme, lui, avec une rare rosserie, que si Badinter s’était à ce point acharné pour sauver la tête de ses clients risquant la peine de mort, c’était aussi pour « acheter sa part de salut ». « Badinter, précisait-il, faisait de la “compensation morale” à cause des grandes affaires pécuniaires » – qui enrichissaient tant le cabinet.

 

Badinter, la « boussole » de la gauche

La gauche des valeurs maintenues au moment où cette gauche assume explicitement l’économie de marché. La gauche des libertés et des réformes sociétales. C’est dans ce contexte qu’émerge la figure iconique de Robert Badinter. La politique est aussi incarnation et représentation. Comment ne soulèverait-il pas l’enthousiasme quand il déclare à une assemblée de jeunes socialistes : « Le socialisme n’est rien d’autre, en définitive, qu’une volonté de changer les rapports entre les hommes, de les rendre plus fraternels, plus justes, plus libres » ? Haï par une grande partie de la droite ; porté aux nues par ces Français se revendiquant de gauche quand, par exemple, il invente le concept de « lepénisation des esprits ». Le Figaro constate le phénomène, définissant Badinter comme « l’ultime référence morale de la gauche ». Avec les années, Robert Badinter est en effet devenu un repère, une vigie que l’on consulte volontiers. Il se prête à cette fonction, apparaissant fréquemment dans les médias.

 

Dès lors que la République et ses principes sont remis en cause, Badinter fait rempart.

Au plus fort de la crise des Gilets jaunes en janvier 2020, face aux violences qui émaillent les cortèges, Robert Badinter, invité de l’émission sur France 5 C à vous, se dit ulcéré par les images de manifestants qui ont défilé avec la tête d’Emmanuel Macron au bout d’une pique. Il laisse éclater sa colère. Une colère froide. Une sainte colère. « Rien n’excuse ce degré de violence non pas physique encore, mais verbale. Rien. La représentation d’une tête au bout d’une pique, rien d’autre qu’une guillotine, est pour moi absolument, totalement, condamnable. On ne peut pas admettre dans la République française, dont il faut se souvenir de la devise, que quelque homme politique que ce soit, quelque femme politique que ce soit, soit promené la tête au bout d’une pique avec tout ce que cela signifie. Ce n’est pas admissible ! Je le dis du fond du cœur, aucune cause ne justifie cela, aucune. Derrière le symbole, il y a la pulsion et, ici, la pulsion, c’est la haine, c’est la volonté de détruire physiquement, par cette représentation symbolique, l’adversaire. »

Textes extraits de l’ouvrage Robert Badinter, l’homme juste - Tallandier 2021

Robert Badinter occupe une place aussi singulière qu’importante au sein de la société française. Un homme juste. Celui qui a aboli la peine de mort et qui, à ce titre, figure déjà dans les livres d’histoire.

Avocat, professeur d’université, ministre de la Justice, président du Conseil constitutionnel, sénateur, essayiste, Robert Badinter s’est toujours refusé à écrire ses mémoires, lui qui aime tant cultiver le secret. Qui sait que son destin s’est joué un jour de février 1943 quand, à Lyon, la Gestapo a arrêté son père ? Qui connaît la véritable nature de sa longue amitié avec François Mitterrand ? D’où vient cette volonté tenace de combattre l’injustice ? Comment devient-on la dernière icône de la gauche française ?

Robert Badinter s’est confié aux auteurs, l’une historienne, l’autre journaliste, expliquant en particulier ses combats. Répondait-il à toutes leurs questions ? À sa façon. D’où ce portrait, cet essai biographique à la fois fouillé et critique d’un personnage hors du commun.

Biographie de Robert Badinter

Robert Badinter est né en 1928 à Paris dans une famille d'origine juive de Bessarabie. Son père meurt en déportation dans le camp de Sobibor en 1943. Après la guerre, Robert Badinter commence des études de Lettres et de Droit puis s'inscrit au barreau de Paris en 1951 pour devenir avocat. Après avoir obtenu une agrégation de Droit en 1965, il devient maître de conférences à l'Université. Robert Badinter ne quitte pas pour autant les prétoires où il plaide contre la peine de mort, comme ce fut le cas dans sa défense en 1977 de Patrick Henry, l'assassin d'un petit garçon, qu'il fera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. C'est en tant que Garde des Sceaux, fonction qu'il exerce entre juin 1981 et février 1986, qu'il fera voter au Parlement la loi sur l'abolition de la peine de mort finalement promulguée le 10 octobre 1981. Nommé par François Mitterrand, il devient par la suite président du Conseil constitutionnel jusqu'en 1995, date à laquelle il est élu sénateur PS des Hauts-de-Seine et ce jusqu'en 2011. En 2015, il participe à la réforme du Code du travail et publie avec le juriste Antoine Lyon-Caen Le Travail et la Loi .

https://www.franceculture.fr/personne-robert-badinter.html#biography

Robert Badinter retrace le destin de sa grand-mère, Idiss, qui fuit l’empire tsariste  pour se réfugier à Paris en 1912. Elle y vit les plus belles années de sa vie avant d’être rattrapée par les affres de la guerre et le nazisme.

J'ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss.
Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des
immigrés juifs de l'Empire russe venus à Paris avant 1914.
Il est simplement le récit d'une destinée singulière à laquelle jai
souvent rêvé.
Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage
d'amour de son petit-fils.

 

 

« J'ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss. Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des immigrés juifs de l'Empire russe venus à Paris avant 1914. Il est simplement le récit d'une destinée singulière à laquelle j'ai souvent rêvé. Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d'amour de son petit-fils. » Robert Badinter. Richard Malka et Fred Bernard s'emparent de ce récit poignant et intime pour en livrer une interprétation lumineuse tout en pudeur et à l'émotion intacte.

Depuis quarante ans, la société française souffre d’une grave maladie : le chômage de masse.Ce mal a suscité une déferlante législative à tel point que le droit du travail apparaît aujourd’hui comme une forêt obscure où seuls les spécialistes peuvent trouver leur voie. Loin de favoriser l’emploi, le Code du travail suscite ainsi un rejet souvent injuste.Il faut réagir.Il n’est pas de domaine de l’Etat de droit qui ne repose sur des principes fondamentaux. C’est à mettre en lumière ces principes, disparus sous l’avalanche des textes, que cet ouvrage est consacré. Sur leur base, il appartiendra aux pouvoirs publics et aux partenaires sociaux de décliner les règles applicables aux relations de travail, selon les branches et les entreprises.Mais rien ne sera fait de durable et d’efficace sinon dans le respect de ces principes. Puisse l’accord se faire sur eux, dans l’intérêt de tous. Robert Badinter est professeur émérite de l’université Paris I Panthéon Sorbonne et ancien président du Conseil constitutionnel. Antoine Lyon-Caen est professeur émérite de l’université Paris Ouest Nanterre et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Mon opinion : un humanisme qui fait toujours autant de bien, à méditer !

La Grande Librairie sur France 5 de ce mercredi 10 mars 2021, était exclusivement consacrée à Robert Badinter, l’avocat qui obtint l’abolition de la peine de mort en France, écrivain, grand amateur de théâtre et ardent lecteur des Victor Hugo et Albert Camus, militants de cette noble cause, qu’il cita devant les élus du peuple pour argumenter ses propos, mais aussi d’Émile Zola, auteur de J’accuse et défenseur de Dreyfus, injustement accusé d’avoir trahi la nation.

« Je crois à l’exemplarité » déclara d’emblée d’émission Robert Badinter. Et, avec Camus, il fut servi puisque, à travers la présente chronique, c’est encore une occasion pour feuilleter À Combat (Folio), son important essai reprenant les éditoriaux du temps où le Prix Nobel de Littérature fut journaliste au quotidien Combat.

J’y ai lu à la date du 23 mai 1945 : « La civilisation matérielle que nous poussons sans arrêt devant nous, ne se sauvera que si elle parvient un jour à libérer plus profondément tous ceux qu’elle asservit » ou, encore, dans le même éditorial, « Voulez-vous sérieusement être haïs par des hommes, comme vous avez haï des hommes ? Si non, accueillez ces hommes auprès de vous et faites-en vos égaux. »

Un mois plus tard, le 27 juin 1945, Camus écrivait : « Il faut faire de bonnes lois si l’on veut avoir de bons gouvernés » et, concernant le Procès Pétain auquel il assista en partie, tout en vilipendant « ce vieillard vaniteux », il dit attendre « un jugement explicite dont les attendus soient évidents pour tous » et lança « Toute condamnation à mort répugne à la morale ».

Robert Badinter rendit donc un hommage appuyé à ce genre d’écrivain engagé : « Mon parcours doit beaucoup à la lecture, elle est inhérente à ma vie. Je quittais les manuels de Droit pour Camus, dont l’Étranger et La Peste. Camus fut une grande source dans ma vie. Ce n’était pas seulement de la lecture de divertissement, mais elle fit partie de la formation de mon caractère et de mon idéal et me fit prendre conscience de la valeur du mot ‘‘juste’’… »

Sa reconnaissance envers Victor Hugo fut aussi omniprésente durant cette émission : « Je suis hugolâtre, car je suis convaincu qu’il a sauvé bien plus de vies humaines que n’importe quel avocat ! »

Et puis, autre comportement exemplaire aux yeux de l’avocat : Émile Zola.

« Un exemple parce que rien ne le força à se jeter dans l’affaire Dreyfus. Il fut poursuivi par une haine allant peut-être jusqu’à sa mort. Zola a été un moment de la conscience humaine et il a payé le prix de la vérité ! Il fut un grand exemple de courage. »

Et de conclure sur une généralité qu’il est bon de rappeler : « Le livre est un monde et s’en priver, c’est se priver d’une joie. »

https://www.frequenceterre.com/2021/03/11/robert-badinter-je-crois-a-lexemplarite-des-hugo-camus-et-zola/

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Dominique RECH