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09 Aug

Commémorer la Shoah au XXIème siècle : Nouveaux défis, nouvelles perspectives ?

Publié par Association Convoi 77  - Catégories :  #Génocides, #XX e siècle, #Nazisme

Conférence organisée par des élèves en Master I de Sciences Po Paris, engagés dans un projet collectif avec l’association Convoi 77. Table-ronde du 16 mars 2022 en présence de :
- Floriane Schneider, historienne et enseignante en lycées et Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles. 
- Sébastien Ledoux, historien et professeur à l’Université Paris I et à Sciences Po Paris, spécialiste du devoir de mémoire, des méthodes pédagogiques autour de la mémoire. 
- Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie au collège Pierre de Geyter (Saint-Denis, 93), responsable des formations au mémorial de la Shoah et directeur de l’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean-Jaurès. 
- Modération par François Heilbronn, vice-président du Mémorial de la Shoah et professeur associé à Sciences Po Paris.

Toutes les informations sur le site convoi77.org

 

Compte-rendu de la conférence à Sciences Po Paris du 16 mars 2022
 
La table ronde du 16 mars 2022 tenue à Sciences Po a réuni autour du modérateur François Heilbronn Florianne Schneider, Sébastien Ledoux et Iannis Roder. La conférence a attiré environ quatre-vingt personnes, en présentiel et en zoom. 

Les interventions des trois historien.ne.s ont été très à propos sur le sujet choisi de la commémoration de la Shoah au XXIème siècle, offrant une perspective actuelle sur l’historiographie et l’histoire des commémorations de la Shoah depuis la Seconde Guerre mondiale. De même, les trois contributions sont venues lier les commémorations et mémoires publiques du génocide à son enseignement, sa construction en tant qu’objet d’enseignement et l’évolution de cet objet en parallèle des discours et représentations sociales. 
 

Floriane Schneider - Une double décennie dans la fabrique de la mémoire de la Shoah en France, des années 80 au début des années 2000

L’intervention de Floriane Schneider s’intitulait « Une double décennie dans la fabrique de la mémoire de la Shoah en France, des années 80 au début des années 2000 » et portait sur la construction d’une mémoire collective de la Shoah, fruit de multiples représentations sociales fluctuantes et évolutives. Actant le départ de son analyse avec le procès de Klaus Barbie en 1987 qui acte « un nouvel âge de la mémoire génocidaire », Floriane Schneider analyse l’histoire et la construction de la mémoire autour de trois piliers que sont les médias, l’école et les cérémonies commémoratives. Elle présente ainsi le développement de l’institutionnalisation et la patrimonialisation de la mémoire de la Shoah qui vient pallier la disparition progressive des témoins et victimes directes du génocide de la Seconde guerre mondiale. 

Sébastien Ledoux -  L’évolution de la mémoire de la Shoah : entre normalisation et numérisation

Sébastien Ledoux a intitulé son intervention « L’évolution de la mémoire de la Shoah : entre normalisation et numérisation ». Il rappelle l’inadéquation du terme de devoir de mémoire, qui est pourtant dès les années 90, très lié à la mémoire de la Shoah. Il différencie devoir de mémoire et devoir de témoigner retrace la construction mémorielle post Seconde guerre mondiale. Il réfute la thèse du silence des années 50 et 60 pour mettre en lumière la mise en place d’une mémoire et de commémorations « d’une première mémoire de la Shoah » (Simon Perego). Il explique en outre que, face au négationnisme public et au relativisme vis-à-vis de la Shoah dans les années qui suivent, se met en place une politique publique de commémoration et de remémoration qui constitue un tournant du récit national. S’en suit dans l’enseignement une politique de prévention afin d’éviter le retour de cette violence génocidaire au nom d’une éducation à la citoyenneté, des droits de l’Homme, de la tolérance et du refus de la barbarie. Enfin, il évoque le tournant numérique de la commémoration, servant de nouveau à compenser la perte de témoins directs mais également à intéresser la jeunesse à ces événements du passé qui restent d’actualité (numérisation des témoignages, hologrammes, immersion interactive). 

 

Iannis Roder - D’un enseignement moral à un enseignement politique ? 

Iannis Roder a clôturé la table ronde avec la question : « D’un enseignement moral à un enseignement politique ? ». Se réappropriant les diverses évolutions de la mémoire de la Shoah, Iannis Roder comprend l'enseignement de la Shoah au prisme de ces évènements. Il rappelle la montée des actes et violences antisémites dans les années 2000, alors même que des évènements dans les années 90 avaient été perçus comme fédérateurs pour le « plus jamais ça ». Il mentionne le discours du Vel d’Hiv de Jacques Chirac du 16 juillet 1995 et rappelle les manifestations à la suite de la profanation du cimetière juif de Carpentras. Il évoque la politisation néfaste de la mémoire de la Shoah dans le cadre des événements en Israël. En outre, Iannis Roder mentionne l’importance dans le même temps de solidifier la mémoire des communautés juives qui ont disparu à la suite du génocide et de déjudaïser le génocide afin d’en comprendre son universalisme et d’en enrichir la mémoire en le mettant avec lien avec d’autres génocides, d’autres violences de masse. Il s’agit ainsi d’ouvrir les horizons intellectuels et politiques des élèves afin de mettre en place un enseignement menant à la conscientisation du fait politiques par les élèves, la nouvelle génération.