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12 Feb

Recension « L’âge des révolutions. Etats-Unis, France, Saint-Domingue, Irlande, Pays-Bas autrichiens et Provinces Unies. 1770-1804 » (2025)

Publié par Dominique Rech  - Catégories :  #Recension historique, #Histoire moderne, #Bibliothèque historique, #Histoire contemporaine, #Révolutions, #18e siècle

Recension « L’âge des révolutions. Etats-Unis, France, Saint-Domingue, Irlande, Pays-Bas autrichiens et Provinces Unies. 1770-1804 » De Mathilde Capiaux, Anne Jollet, Boris Lesueur, Elise Marienstras, Marie-Karine Schaub, Naomi Wulf, aux Éditions Atlande (2025), 712 pages.

Cet ouvrage ambitionne de fournir un manuel utile pour le concours de
l’Agrégation d’Histoire, que ce soit une synthèse des connaissances
scientifiques comme des outils méthodologiques. Un indispensable
donc pour ce concours.
Les auteurs forment un collectif divers, que ce soit : Mathilde Ca-
piaux, étudiante en Histoire à Sorbonne Université ; Anne Jollet, maî-
tresse de conférences émérite à l'Université de Poitiers ; Boris Lesueur,
maître de conférences à l'Institut catholique de Paris ; Élise Mariens-
tras, professeur émérite à l'Université Paris Cité ; Marie-Karine
Schaub, maîtresse de conférences à l'Université Paris-Est Créteil ;
Feu Naomi Wulf, maîtresse de conférences à l'Université Paris-Est Cré-
teil.

Quel est l’apport de cet ouvrage ?
En Introduction, l’ouvrage indique que les mouvements
révolutionnaires des années 1770/1804 suivent le cadre des
circulations, comme l’avait montré le sujet de l’Agrégation « Les
circulations internationales en Europe. Années 1680 - années 1780 ».
Il cite des figures emblématiques des révolutionnaires polonais
comme par exemple Tadéusz Kosciuszko.
Les transformations économiques sont basées sur le développement du
commerce international, source de guerre incessante. Des guerres qui
bloquent parfois les échanges, mais en favorisent d’autres. Ainsi la
révolution des colons britanniques d’Amérique du Nord est le refus de
l’exclusif colonial à la suite de la paix de 1763 alors que des échanges
interlopes s’étaient développés entre les colons anglais, français et
espagnols. On sait moins l’influence de la guerre menées par les
Anglais contre leurs colonies d’Amérique révoltées sur la domination
de Londres en Irlande (Gough, 1994), le refus des colons des Antilles
françaises de suivre la France révolutionnaire contre l’Angleterre
(Bélissa, 2016). Ces guerres accompagnent les transformations
sociales en enrichissant la petite bourgeoisie de plume plus que
d’échoppe, et surtout la grande bourgeoisie qui aspire au pouvoir
(Cottret, 2002).
Les transformations sont aussi culturelles. Les 2 « Traités du
gouvernement civil de John Locke de la révolution anglaise de 1689
fondent la légitimité des peuples à démettre les gouvernements qui ne
respectent pas la liberté naturelle, dans le cadre du mouvement des
Lumières. La franc-maçonnerie est aussi une dimension commune,
valorisant une égalité d’engagement, mais avec ses limites
(Beaurepaire, 2018). En dépit des dénonciations philosophiques et
religieuses, les sociétés libérales sont des esclavagistes, comme par
exemple la jeune République des États Unis d’Amérique. La
Révolution française l’abolira dans ses colonies en 1794, mais devra
le rétablir face aux pressions de l’économie. De même, les systèmes
électoraux demeurent censitaires (Dupuy, 2015). Elles sont aussi
fermées aux « étrangers », comme par les « Alien and seditions acts »
des États Unis en 1798. Le rapprochement Europe/Amérique du
programme de 2005 demeure depuis « La rébellion française » de Jean
Nicolas en 2002 qui montre une France des lumières marquée par des
luttes sociales protéiformes et omniprésentes. Beaucoup de
révolutions sont anéanties rapidement si elles ne bénéficient pas de
l’aide d’une grande puissance comme pour les Insurgents américains
avec la France.


La Première partie (pages 27 à 80) est un « tableau des sociétés
européennes » en 8 chapitres.
Elle montre que le nombre des hommes (140 millions d’européens,
soit 20 % de la population mondiale, contre 17 millions en Amérique)
est toujours un facteur de puissance (25 à 29 millions de français), en
croissance du fait de disparition progressive des grandes crises de
mortalité, contrastée (avec un ralentissement à la fin du siècle du fait
des guerres révolutionnaires, notamment en France) et expansionniste
(200 millions en 1800) dans le monde (2 millions de départs vers les
Amériques).
Que la population demeure essentiellement rurale (sauf Provinces
Unies et Angleterre) par ses structures de la terre (les prélèvements
seigneuriaux y sont très variables) et par ses formes d’exploitation (En
France, la liberté paysanne est grande, bien qu’il n’y ait plus d’alleux,
d’où des charges juridiques et financières mal supportées). La hausse
des prix de la terre et de la rente foncière réduit la propriété paysanne
à 35 % en France. La micropropriété s’est maintenue grâce à
l’approvisionnement urbain et d’exportation de fruits ex : prunes
d’Agen) et de vin. La tendance est au regroupement des fermes. En
France, les grands propriétaires paysans bénéficient de la hausse des
prix pour intégrer par mariage et leur éducation la bourgeoisie des
talents et des offices : « fermocratie » (Moriceau, 1998). Mais en
Irlande, 80 % des terres appartiennent à de grands propriétaires anglais
protestants. Le développement du salariat agricole fournit des cohortes
d’émigrants et de errants.
Cependant les populations urbaines (12 %) sont en expansion
contrastée (ex : Provinces Unies = 2/3), avec des fonctions
différentiées (Le réseau urbain français est anciennement hiérarchisé
entre une ville capitale et un semis régulier d’organismes urbains). Les
statuts urbains voient les Etats renforcer les coupures avec les
campagnes (ex : barrière d’octroi de Paris) pour réduire les
autonomies des villes. Ces dernières sont un lieu de confrontations de
la plus grande richesse (ex : 2/3 de la noblesse de Champagne) et de la
plus grande misère. Les villes renforcent leur pouvoir de
commandement économique. De nouvelles catégories sociales
intermédiaires s’y développent : bourgeoisie du négoce et des talents
qui échappent à la domination des grands et sont acteurs des
transformations révolutionnaires. Le tout est favorisé par
l’amélioration des moyens de transports.
Les évolutions économiques demeurent surtout foncières, mais avec
des contrastes dus à la croissance manufacturière et au développement
du commerce colonial (ex 3 % des exportations anglaises vers les
colonies d’Amérique).
L’organisation politique et religieuse absolutiste demeure centrale. Le
« despotisme éclairé » se retrouve dans les réformes. Par exemple
Louis XVI en France en 1779 abolit la mainmorte et le droit servile
dans les terres royales. L’Eglise représente 0.5 %, mais lève la dîme,
relais le pouvoir politique à travers les registres paroissiaux, encadre
l’éducation et l’assistance aux pauvres.
La culture des Lumières les remet en cause. Le philosophe allemand
Kant répond à la question « Qu’est-ce que les Lumières en 1784 en
écrivant que ce sont « la sortie de l’homme de sa minorité ». les
francs-maçons (Beaurepaire, 2003) contribuent aux vastes échanges
culturels comme la nébuleuse huguenote » et «les réseaux
d’information diplomatiques et négociants ». Les livres sont
accessibles par les réseaux de libraires, colporteurs comme outils des
savoirs, de combat (Darnton, 1992) et aussi objets commerciaux.
De même que la place des femmes qui fournit un long chapitre (et un
sujet des écrits de Janvier 2026). Elles ont un rôle spécifique dans les
révoltes (Verjus, 2005), dans les réseaux du savoir où elles demeurent
rares mais très actives. Inspirées par l’Emile de Rousseau, les
sentiments sont valorisés comme une liberté individuelle, le mariage
présenté comme nécessitant des sentiments. Comme par exemple pour
Manon Phlipon, la future Madame Roland. Les Lumières les mettent
en avant dans la responsabilité de la société et de l‘éducation (Faure,
2010). Les limites demeurent : les académies de province sont
masculines (Roche, 1978) ; les loges maçonniques fermées, malgré
l’exception du Grand Orient en 1774. Les femmes dans les foules sont
de toutes les émeutes » (Zemon Davies et Farge, 1991), leurs
violences redoutées car considérées comme contraire à l’ordre naturel
(Verjus, 2005). Leurs mobilisations sont polymorphes (Godineau,
2004), comme par exemple Louise Audu arrêtée après les journées
d’Octobre 1789. Elles sont aussi dans les pratiques de faux-saulnage,
les révoltes antifiscales et politiques. De même dans les luttes contre-
révolutionnaires autour de la défense du clergé réfractaire. Ainsi par
exemple Rachel Wells écrit au Congrès américain en 1783 : « J’ai tout
autant fait pour la poursuite de la guerre » (Fauré, 1997). Elles sont les
vecteurs de rumeurs et des informations de rues, telles les « Daughters
of Liberty ». La violence verbale est signalée, poussant les hommes à
s’enrôler dans les révolutions, comme les « tricoteuses de guillotine »
(Godineau, 2004). C’est aussi une occasion d’échapper à leur
condition sociale, comme la journaliste Louise de Kéralio. Elles se
battent contre leur exclusion sous la forme de « doléances », de
pétitions. Elles participent aux actions, comme Théroigne de
Méricourt, Louise Audu et Claire Lacombe qui reçoivent la couronne
civique en récompense de leur héroïsme après la prise des Tuileries en
1792. Les femmes sont admises parfois dans des clubs masculins (ex à
Arles 20 %), peuvent assister aux séances des sociétés populaires mais
sans voie délibérative. Par exemple, la Société fraternelle des patriotes
des deux sexes défenseurs de la constitution de l’instituteur Dansart en
1791, proche des Cordeliers (Faure, 2010) dans la destitution du roi.
Mais leur dévouement patriotique les enferme dans un dépouillement
vestimentaire (port de la cocarde tricolore obligatoire). Elles
obtiennent le droit au divorce, une autonomie accrue par le départ des
maris émigrées, élus ou soldats. Elles publient, comme par exemple
Betje Wolff sa formule pain et liberté » (Fruhoff et Dekker, 1991).
Des révolutionnaires comme Romme réclame le droit de vote des
femmes, Olympes de Gouges et sa déclaration. Mais la femme est
assignée à être vertueuse, nourricière voire virilisé par le partage du
« mâle courroux » révolutionnaire. Madame Roland ou Abigail
Adams réclament leurs droits, développent l’éducation des filles.
Enfin, une historiographie permet une mise au point sur les
spécificités et les typologies.
L’ouvrage attaque alors une typologie géopolitique des différentes
révolutions de cette période charnière de l’Histoire contemporaine.


La Deuxième partie (pages 81 à 404) est une description détaillée des
« Révolutions atlantiques ». Elle est divisée en 6 longues sous-parties,
de longueurs fortes inégales.
La Révolution américaine est la sous-partie la plus riche (pages
81/238), expliquée en 7 chapitres : Historiographie ; Contexte de
l’Empire britannique ; Prélude de la révolution ; l’Indépendance ; la
réaction britannique ; la République ; sa consolidation de 1800/04.
La Révolution française est aussi une sous-partie des plus riches
(pages 239/294) est expliquée en 9 chapitres : les contestations des
pouvoirs monarchiques, catholiques, des paysanneries, du libéralisme
économique, de l’ordre du travail ; la construction d’une société
nouvelle ; la place des écrits ; la propagation des idées et de la guerre.
La Révolution de Saint-Domingue est une sous-partie copieuse
(pages 295/352) expliquée en 4 chapitres : Historiographie ;
Contexte ; une colonie en révolution ; les thématiques de la liberté du
commerce et des guerres coloniales.
La Révolution batave est une sous-partie courte (pages 353/370),
expliquée en 4 chapitres : Contexte ; la 1e révolution des
« Patriotes » (1780/87) ; la 2e révolution « de velours » (1795/1813) ;
la République batave.
La Révolution brabançonne est une sous-partie courte (pages
371/392), expliquée en 4 chapitres : Réformes de Joseph II (1781/87) ;
Révolution ; Révolte ; États Belgique Unis.
La Révolution irlandaise est une sous-partie succincte (pages
393/404), expliquée en 2 chapitres : conflit séculaire avec
l’Angleterre ; Retentissement révolutionnaire.
La Troisième partie représente presque la moitié de l’ouvrage tant
elle est riche (pages 405 à 712) pour former les « Outils » en 7
catégories : Portraits ; Lieux ; Bibliographie ; Glossaire ;
Chronologies ; Cartes ; Index.
Il n’y a malheureusement pas de Conclusion dans cette collection
d’ouvrages pour les Concours, ni de méthodologies.


Au final, comme d’habitude dans cette collection, cet ouvrage est à la
fois riche analytiquement au niveau cognitif, actualisé au niveau
historiographique et donc indispensable pour les Concours, mais aux
parties inégales et sans synthèse. Les « Outils » sont à dispatchés dans
les analyses. Ces derniers sont des compléments utiles pour compléter
les chapitres précédents en fonction des besoins de chacun. La
collection « Clefs Concours » des Éditions Atlande demeure sérieuse
et utile. Et cet ouvrage est agréable pour des spécialistes.

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